31.03.2007

Les faux siamois

Ils étaient exténués après cette transpirante journée. Ils avaient fait l'amour maintes fois pour recommencer. Enchaîner, enchaîner et refonriquer, comme des lapins affamés. Les pauvres voisins n'en pouvaient plus, ces gémissements, ces couinements, ces souffles ardents... Le couple se métamorphosait en un sexophone dissonnant qui ne cessait de jouer, ou plutôt de jouir, et tout le cartier était au courant [ils forniquaient avec les fenêtres ouvertes]. On aurait cru que s'ils s'arrêtaient ils couraient le risque de devenir des fantômes, ou pire, le bruit du frigo. C'était indispensable pour eux de continuer sans se poser la moindre question, presque de manière automatique, mais toujours guidés par leurs désirs débridés. Leur amour passait donc par la fusion continuelle. En s'imbriquant l'un dans l'autre ils se sentaient en quelque sorte vivants. Parfois ils croyaient même qu'ils n'étaient plus qu'une seule personne, avec un coeur synchronisé qui battait pour les deux. Ils devenaient cette créature siamoise et incestueuse qui fuit la misère morale du quotidien. Et ils'y passaient des heures, à se sonder intérieurement avec leurs sexes, leurs bouches, leurs doigts. Cependant, ils ne cherchaient pas vraiment à atteindre le clou orgasmique du rapport, ils voulaient avant tout s'évader, s'oublier, et devenir "un" en se transfigurant mutuellement [l'espace d'un instant] jusqu'à la perte de connaissance, mais heureux en fin de compte... heureux dans leur caverne de corps.

 

Ils étaient amoureux.