12.12.2007
Déraillement
Je scrutais son bonnet bleu cyan dans la pénombre. Elle était assise à côté de moi, grelottante et lasse. On s'était réfugiés dans une cage d'escalier, dont la porte était miraculeusement ouverte, pour nous reposer un peu à l'abri du froid carnivore. Mais on arrivait pas à s'endormir, on avait tant de choses à se dire. Des choses qui troublent, des choses toutes rouges, comme les ampoules des arbres de la Croix Rousse [saignantes cerises lumineuses de Décembre]. Puis, j'ai passé mon bras sur son épaule tremblante, je voulais juste lui transmettre un peu de chaleur humaine, elle ne cessait de se plaindre du froid, et je ne pouvais point rester les bras croisés. Cependant, au fur et à mesure, la situation est devenue étrange. Je ne sais comment, je me suis retrouvé entrain de dessiner des cercles irréguliers, des ondes ricochantes, avec le bout de mes doigts sur ses cuisses tièdes. Et ces gestes, silencieux et nonchalants, la faisaient frissonner de plaisir... J'étais un autre, et Rimbaud rira dans sa tombe. Ce n'est vraiment pas dans mes habitudes d'agir de la sorte. J'ai pratiquement toujours réussi à contrôler mes pulsions lubriques, et Dieu sait que les hommes en débordent, mais cette nuit, dans cette cage d'escalier atemporelle, dans cette bulle voluptueuse et irréelle, j'ai franchi les frontières de ma propre éthique personnelle. Après quelques gentilles caresses, j'ai fini par m'abandonner à ses douces lèvres, ventouses pulpeuses de l'amour. Nos langues s'enroulaient avec violence, nos nez boxaient avec fougue, et nos mains, nos mains espiègles sont allées chercher les parties les plus cachées, les plus sensibles. Je bandais comme un chien, elle mouillait comme une reine. On aurait tant aimé rentrer l'un dans l'autre, faire l'amour secrètement dans ce nid fantôme, sous les ailes de notre animalité instinctive... Cependant, mon éthique endormie a bondi tout au fond de mon cerveau. Je ne pouvais guère aller plus loin, car je voyais en elle une amie, et rien d'autre. Je voulais pas me sentir minablement vide après l'acte, et devenir hypocrite comme tant d'hommes, et cela même si le désir mutuel était à son paroxysme... Alors, j'ai tout arrêté, de façon progressive. Je lui ai demandé pardon, et je l'ai embrassée une dernière fois, inexplicablement. Quand on est sortis de là, le vent du petit matin nous gelait les os. On est allés jusqu'à la gare, elle était pas très loin, il fallait juste suivre les voies du tramway qui s'étiraient devant nous. Une fois sur place, on s'est regardés longuement, j'ai cru à un moment donné qu'elle allait me gifler, mais elle m'a juste souri tendrement. Ensuite, on a échangés quelques mots hésitants pour se dire au revoir. Puis, elle est partie, en marchant tout doucement.
16:55 Publié dans Réel rouillé | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : kouka, nicoya, mexique, folk, poésie, poesia, lyon
28.04.2007
Lunatisme
Un vieux soleil agonisant crépitait juste derrière la sublime basilique subliminale de Four-rivière alors que je flânais en zigzaguant sur les trotoirs-pavés exquis du vieux Lyon comme un fantôme décontracté et les gens-légendaires sautaient à mes yeux écarquillés par le biais d'explosions mutiples de souvenirs acidulés mêlés à des odeurs visuelles tant bien que mal assimilables car il fallait voir et sentir ce que mon malhomme de chemin me livrait insolemment à chaque coin de rue on trouvait éparpillés en mille notes bohèmes des saltimbanques des accordéonistes des gratteurs à n'en plus finir tellement la source semblait inépuisable et moi dans toute cette foire de sensations urbaines j'aurais aimé sortir "zip" ma guitare et pisser mon malheur en "Mi" mineur mais je n'avais que du vent entre mes dents inertes et les poches remplies de pessimisme névrotique espéculatif-résonnant bien puissant sourtout après avoir eu une matinée aussi crade moralement ce jeudi que je dis "dead-Jedi" le genre de 24 heures dépressives où l'on aimerait être un ballon de baudruche enterré de façon mécanque sous terre quelque part dans un potager bucolique-dental à l'insu du monde antropophagique bref de zèbre-abrupte ce n'était point le moment-mendiant de jouer au cowboy improvisé dans ces rues magiques fantastiquement peuplées car même s'il avait plu un voile rassurant de brume épileptique mon cerveau me servait certains dicats autartiques et je n'étais pas dans la couleur du temps ni dans la férocité des tags psyquédéliques qui tatouent les murs moi j'étais plutôt quelque part allongé dans une rance parcelle passive pseudo-protectrice symbolisée par mon chat Nikita affalé sur un radiateur éteint alors qu'il sait pertinemment qu'il ne s'allumera jamais à moins que la baraque-baroque brûle dans une flamme de came à sucre au bon karma ce qui est bien loin-lion des horizons prophétiques qui ont l'habitude de mollarder grâcieusement ma fenêtre réceptrice.
Aujourd'hui c'est le contraire,
j'ai des sourires plein les poches! "Pan!"
13:00 Publié dans What da fuck? | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : kouka, nicoya, surréalisme, écriture, lyon, poésie
06.04.2007
Claire
Je crevais d'envie de grignoter ses lèvres, elle était juste en face de moi, accoudée au comptoir du Smoking Dog, avec une bière sous la main et une cigarette qui fondait lentement dans sa bouche. On venait de faire connaissance, elle s'était assise à côté de moi alors que je lisais un recceuil de poème de José Marti, puis elle m'a souris, et m'avait demandé si je parlais anglais, ce à quoi j'avais répondu: "Very little de chez Little Price" [hum hum...] Puis on avait causé de politique, de poésie, et des aventures psyquédéliques de Jimi Hendrix... c'est plutôt rare de rencontrer un femme qui connaît aussi bien la vie de mon guitariste fétiche. Du coup, je me suis senti très proche d'elle, comme si on était des vieux amis avec des vielles connivences en matière de goûts et de saveurs.
Elle dégageait un charme noble et cinglant qu'accentuait l'alcool que j'ingérais. Quand je l'observais avec attention griller sa clope languissante, préalablement roulée avec une grande sensualité, je crevais d'envie de plonger dans les ronds de fumé évanescents qu'elle déposait avec grâce dans les airs brumeux du pub anglais.
Je crevais aussi d'envie de lui dire:"sauve-moi, sauve-moi d'un chagrin qui m'oxyde, sauve-moi, sauve-moi de ces regards acides"...
Mais je n'ai rien dit, elle avait une bague de mariée et 20 ans de plus que moi.
19:40 Publié dans Réel rouillé | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : kouka, nicoya, pub, lyon, réel










