« 2008-06 | Page d'accueil | 2008-08 »

30.07.2008

La Môme épicée

Lila Downs, visuellement elle ressemble vaguement à l'immense Frida. Musicalement, c'est une véritable machine céleste, possédant une palette sonore remarquable. Elle peut ainsi aborder plusieurs registres musicaux, allant des corridas aux anciens airs mixtèques. C'est peut-être aussi la chanteuse mexicaine la plus douée de ces dernières années. Et dire que mon veinard de père l'a interviewée l'année dernière, j'aurais tout donné pour la voir en chair et en os... A vrai dire elle me fait pas mal fantasmer la petite oaxaqueña, mais pas comme vous pourriez le croire, je renvois l'image à un cadre artistique et culturel, hum. Sinon je conseil à tous son album "Tree of life", c'est celui que je préfère, une vraie pépite musicale!

26.07.2008

Echos

Un petit fantôme noisette pleure dans mes yeux -tartines de chagrin, marmelades lacrymales- Je voudrais tant le consoler, lui dire chaleureusement qu'il n'est pas le seul fantôme chétif de l'univers, et que ses illusions puériles s'élèvent au-dessus de la vaine poussière. Mais je n'ose point. Il y'a comme une pudeur, qui inonde mon coeur, et me paralyse. Après tout, qui suis-je, pour me permettre de lui servir tous ces mensonges. Car il est seul dans son malheur, et ses maigres lambeaux d'espoir s'estomperont dans la crue réalité. Le petit fantôme est condamné. Et je ne peux pas faire grand chose pour l'aider. Je ne veux plus mentir. Je ne veux plus de mirages comestibles, ni de rires défenestrés; je ne veux plus de pays sans chauves et ni de colombes assassines. Le petit fantôme égaré doit grandir, ou trépasser. Pour devenir un spectre fort, effrayant: un amusant chasseur de croyants naïfs, un cauchemar splendide à deux heures du matin, un cri déchirant les entrailles du silence... Petit fantôme chétif, je sais que ces palabres ne t'atteignent pas, mais l'espoir qui vogue dans mes veines coagulera, qui sait, l'élan pragmatique qui te rendra adulte, un véritable spectre redoutable, affreux et malin. Je prierai pour toi, petit fantôme sans nom; je prierai pour toi, avec mes pleurs sans fond.

24.07.2008

Ritournelles

Laisse-toi choir, sur ses rondes épaules, toutes frêles, toutes tièdes: cascade de chair, unissant deux corps, au creux de la nuit. Puis pose ton menton, avec malice, sur sa chevelure déchaînée: cascade de fibres, unissant deux corps, au creux de la nuit. Savoure l'odeur de sa fraîche peau, et écoute son souffle délicat: cascade de perceptions, unissant deux corps, au creux de la nuit. Permets à ton coeur saltimbanque, d'épouser son rythme oscillant: cascade de musique, unissant deux corps, au creux de la nuit. Rédige un poème, avec ta langue fêlée, sur les pages nues de son corps dévoilé: cascade de vers, unissant deux corps, au creux de la nuit. Glisse tes doigts, sournoisement, dans son humide vallée: cascade de caresses, unissant deux corps, au creux de la nuit. Murmure-lui, une pléthore de baisés; sucrés ou salés: cascade de volupté, unissant deux corps, au creux de la nuit... Fusionnez l'alchimie des âmes, et laissez-vous noyer, dans ce long fleuve sacré: cascade d'amour, unissant les océans, au creux du néant.

22.07.2008

Virgulez, y'a rien à voir!

Sous l'arbre aux milles larmes écloses, je t'embrasse mon ecchymose. Petite douleur d'été, toujours vive et secrète, quelque part dans les débris de mon vieux cristal. Voilà que je te câline -en guise de prélude- et non sans regrets. Oh, cygne cynique, au bec effilochant! Oh, rapace dérapant, visant ma clique! Ces moments jolis teintés d'espoir, ces plumes tranquilles sans affres noires... Je sais que tu reviendras, les maux sont solides, et mes mots sont faibles, pour esquisser la torture: regards acides, rongeant les pétales; solitudes collectives, attisant les plaies; vices carnivores, charcutant la bonté. Alors je te baise ma douleur, et je t'immole de l'intérieur; pyro-métaphores, hystéries lumineuses, imminentes en ta panse: "kaboum!". Désormais je te creuse, une tombe silencieuse. Atavique trou parterre, signature funeste, que je te dédirai ce jour d'allégresse, où ton corps purulent sera inhumé... Amène!

19.07.2008

Bad trip culinaire

Imaginez une pauvre âme pressée qui se sert de la quinoa dans une assiette, et qui pour donner un peu de goût à ladite chose, rajoute mécaniquement avec une louche les restes d'un vieux pseudo-mole poblano [plat mexicain typique préparé avec une sauce de chocolat pimentée] qui dormait tranquillement dans une grosse marmite posée sur le rebord de la fenêtre. Imaginez ensuite, que quelques heures après, la mère du pauvre type rentre dans la cuisine et s'étonne de voir que cette marmite ait été déplacée, ce qui naturellement la pousse à demander des explications reloues à son fils. Imaginez enfin, que les restes de cette maudite sauce, contenait en réalité de la javel et d'autres produits toxiques de merde car il était question de décrasser la marmite putassée et non de conserver la sauce épicée. Bordel de ratatouille les cocos, je l'ai échappé belle quoi! Je ne sais pas comment j'ai fait pour survivre après avoir ingurgité trivialement cette saloperie concentrée en produits cruellement super-toxiques [est-ce dû aux nombreuses tasses de thé que j'ai bues après le repas?]. Malgré tout, je me suis forcé à avaler des litres de lait de vache tout à l'heure, moi qui suis accro au lait de soja bio je peux vous dire que ça m'a bien claqué, afin m'infliger une bonne vielle diarrhée purificatrice, qui n'en finit de me torpiller les tripes dans l'immédiat... et d'ailleurs, hum, excusez-moi mais il faut que je refile aux chiottes, bon Dieu de merde...

18.07.2008

Pour une fée suédoise

Ta blanche main, tendre comme la neige, je la serre fort dans la mienne, encore et encore. Elle ne pourra guère me brûler, preciosa, car je suis une flamme, mouvante et totale, vois-tu? Puis on ira crâcher sur les nuages hautains, et planter des mangues bleues dans les prairies fécondes. Tu verras, on sera des lutins fous et ivres d'étoiles; ici, allà, partout, profitant de l'instant précieux qui fige les horizons avant les grands cataclysmes. Et peut-être que cet instant, rare, deviendra une éternité irrationnelle durant laquelle un arôme de bonheur parfumera nos chairs au milieu du chaos; pour le meilleur, et pour le pire, mi cielo. Alors viens vite, je suis où tu sais... je suis dans ton coeur, chaud et sucré.

16.07.2008

Lexique koukique V

Suite de mon inoxydable vocabulaire onirique:

*"Quelle prune!": Equivalent expressif de: "quelle chance", et plus joli que: "quelle moule" que je trouve foncièrement sexiste.

*"Etre une pastèque": Pour désigner un individu lambda qui est particulièrement maladroit, ou qui fait des gaffes à tour de bras.

*"Tromboner": Rien à voir avec l'accessoire, ni avec l'instrument, ce néologisme féerique renvoit aux verbes tels que: "tomber", "choir", "voltiger"... Ex: Et que la neige trombone en ce jour de Décembre!

*"Mauvaise herbe": Métaphore campagnarde pour qualifier une personne qui dégrade, qui souille la vie des autres. Un chieur social quoi, hum.

09.07.2008

Idolâtre de...

Sonex, un des groupes mexicains les plus intéressants du moment. Ils ont eu l'audace et de mélanger le courant folklorique du "son jarocho" avec d'autres influences musicales, ce qui donne un résultat assez surprenant. Je ai eu la chance de les voir en concert l'année dernière dans un petit bar bohème de Jalapa [dans l'Est du Mexique], et leur prestation m'a beaucoup marqué, c'était phénoménal. Ce que j'apprécie aussi chez eux c'est qu'ils n'ont pas hésité à garder le zapateado [les claquettes improvisées], au milieu de certains de leurs morceaux. D'ailleurs cela m'a influencé, désormais quand je compose je m'arrange pour faire des rythmiques qui puissent être zapateadas, hum. En tout cas je vous conseil violemment d'écouter ce groupe novateur; si vous parvenez à vous procurer leur album [je suis dégoûté, il n'est même pas sur Dezeer]... Oh rage, oh désespoir!

06.07.2008

Dragon bleu

Il pleuvait des trombones, je regardais le déluge à travers la petite fenêtre poussiéreuse de la cave. Nikita, mon frère de chat, était affalé sur le rayon d'une vielle étagère en bois moisi. Près de moi, derrière un petit lustre rouillé, trônait une immense toile d'araignée, sa créatrice, particulièrement impressionnante -elle ressemble vaguement à une mygale décharnée mais sans les poils- attendait l'accident fatal, celui qui précipiterait un quelconque moucheron dans son piège aérien. J'ai pris mes congas et mon djembé, puis j'ai commencé à jouer avec  les deux en même temps [c'est une modalité chimérique que j'essaye de perfectionner], scrutant toujours la petite fenêtre moribonde. Le bruit de la pluie donnait une chaleur organique à mes rythmes épileptiques. J'avais l'impression d'être dans une jungle tropicale, quelque part au sud du Costa Rica, au beau milieu des insectes exotiques et des arbres foncièrement magiques. Je commençais à être en transe. Et soudain: "kraboum!", un dragon électrique est tombé à quelque mètres de la maison, faisant trembler le sol humide et les parois solitaires de la cave. C'était la première que je voyais un éclair fendre l'espace aussi près de moi. Il avait dégagé une étrange lueur bleue, juste avant de vomir son fracas céleste dans les environs. C'était beau, et terrifiant à la fois, au fond de mon inconscient, j'étais persuadé qu'un autre éclair viendrait se joindre au premier, mais tombant cette fois sur mon futur cadavre imaginairement calciné. Mais ce scénario pulsionnel ne s'est jamais concrétisé...  Et les dragons lumineux se sont éclipsés, il n'y avait plus qu'une agréable pluie qui roulait éternellement, léchant les tuiles dermiques et les vitres embuées, abreuvant la terre et ses vers lépreux, arrosant mes douces folies et l'inexplicable mélancolie, d'un dimanche sans soleil.

03.07.2008

Récidive Jodorowskienne

"Soulignons ici l'importance de l'imagination. D'une certaine manière, dans ce livre [La danse de la réalité], je me suis livré à une auto-biographie, pas au sens de "fictive", car tous les personnages, évènements et lieux sont vrais, mais du fait que l'histoire profonde de ma vie, est un effort constant pour dilater l'imagination et élargir ses limites, pour l'appréhender dans son potentiel thérapeutique et transformateur. A part l'imagination intellectuelle, existent: l'imagination corporelle, sexuelle, émotionnelle. L'imagination économique, mystique, poétique, scientifique. Elle agit dans tous les domaines de notre vie, même ceux que nous considérons "rationnels". Voilà pourquoi on ne peut aborder la réalité sans développer l'imagination sous des angles multiples. Normalement, nous visualisons tout selon les étroites limites de nos croyances conditionnées. De la réalité mystérieuse, tellement vaste et imprévisible, nous ne percevons rien de plus de ce qui filtre à travers de notre point de vue étriqué. L'imagination active est la clé d'une vision ample, elle permet d'envisager la vie à partir d'angles qui ne sont pas les nôtres, en imaginant d'autres niveaux de conscience supérieurs aux nôtres. Si j'étais une montagne, une planète, ou l'univers, que dirais-je? Que dirait un grand maître? Et si Dieu parlait par ma bouche quel serait son message? Et si j'étais la Mort? Cette mort que me révéla un chien en déposant à mes pieds une pierre blanche, laquelle m'a séparé de mon moi illusoire, m'a fait fuir le Chili et poussé à chercher désespérément un sens à la vie. Cette Mort qui d'épouvantable ennemie s'est convertie en mon aimable dame de compagnie."

Alexandro Jorodowski, La Danse de la réalité.

Toutes les notes