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06.07.2008

Dragon bleu

Il pleuvait des trombones, je regardais le déluge à travers la petite fenêtre poussiéreuse de la cave. Nikita, mon frère de chat, était affalé sur le rayon d'une vielle étagère en bois moisi. Près de moi, derrière un petit lustre rouillé, trônait une immense toile d'araignée, sa créatrice, particulièrement impressionnante -elle ressemble vaguement à une mygale décharnée mais sans les poils- attendait l'accident fatal, celui qui précipiterait un quelconque moucheron dans son piège aérien. J'ai pris mes congas et mon djembé, puis j'ai commencé à jouer avec  les deux en même temps [c'est une modalité chimérique que j'essaye de perfectionner], scrutant toujours la petite fenêtre moribonde. Le bruit de la pluie donnait une chaleur organique à mes rythmes épileptiques. J'avais l'impression d'être dans une jungle tropicale, quelque part au sud du Costa Rica, au beau milieu des insectes exotiques et des arbres foncièrement magiques. Je commençais à être en transe. Et soudain: "kraboum!", un dragon électrique est tombé à quelque mètres de la maison, faisant trembler le sol humide et les parois solitaires de la cave. C'était la première que je voyais un éclair fendre l'espace aussi près de moi. Il avait dégagé une étrange lueur bleue, juste avant de vomir son fracas céleste dans les environs. C'était beau, et terrifiant à la fois, au fond de mon inconscient, j'étais persuadé qu'un autre éclair viendrait se joindre au premier, mais tombant cette fois sur mon futur cadavre imaginairement calciné. Mais ce scénario pulsionnel ne s'est jamais concrétisé...  Et les dragons lumineux se sont éclipsés, il n'y avait plus qu'une agréable pluie qui roulait éternellement, léchant les tuiles dermiques et les vitres embuées, abreuvant la terre et ses vers lépreux, arrosant mes douces folies et l'inexplicable mélancolie, d'un dimanche sans soleil.

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