24.05.2008
Au-delà
Je discutais mollement avec M, elle était allongée de l'autre côté du lit. Chaque fois qu'elle parlait, elle regardait ses mains et jouait avec les plis chaotiques de la couette. Je la trouvais drôle ainsi, et malgré la profondeur méticuleuse de ses réflexions, je ne pouvais m'empêcher de la comparer inconsciement avec un personnage fantasque de manga japonais. Au bout de quelques échanges elle s'est levée en bondissant comme une agile sauterelle, puis elle s'est dirigée vers la grande fenêtre du living. Elle semblait être étrangement absorbée par la contemplation de quelque chose au loin, dans l'azur. On aurait dit qu'il s'agissait d'une immense libellule qui vagabondait lentement entre les sombres nuages de minuit. Je me suis levé à mon tour pour me rapprocher de la fenêtre. M était toujours figée, ses yeux ne clignaient même pas, et sa respiration semblait éteinte. J'ai eu un terrible frisson, on aurait vraiment dit qu'elle s'était transformée en une statue de chair. Je lui ai demandée si elle sentait bien, mais elle n'a point répondu. J'ai alors touché son épaule afin de susciter une quelconque réaction de sa part, mais rien ne s'est produit. J'ai pensé pendant quelques instants qu'elle me jouait une sale blague. Alors j'ai feins que j'allais l'embrasser, j'étais presque sûre qu'elle réagirait, mais quand je m'apprêtais à poser mes lèvres sur les siennes, j'ai entendu un cri monstrueux provenant de la cuisine, suivit par un fracas métallique, comme si on avait laissé choir une marmite en acier sur le carrelage. Je me suis précipité pour voir ce qui était arrivé, mais il n'y avait personne dans la cuisine, et tout semblait normal. Soudain j'ai senti quelque chose de mou sous mes pantoufles, j'avais l'impression d'avoir marché sur un vieux bonbon tout gluant. En ôtant mon pied j'ai vu un petite tâche pourpre sur le carrelage. J'ai alors enlevé ma pentoufle gauche pour l'examiner. La semelle était toute souillée, et il y avait comme un minuscule débris organique collé à elle. Je l'ai détaché, et quand je l'ai bien vu de près je l'ai violemment jeté parterre. C'étaient les restes d'un oeil. Je me suis extirpé de la cuisine aussi vite que j'ai pu. Je dégoulinais de trouille intérieurement, et j'avais aussi une vague envie de dégueuler. En arrivant au living M. n'était plus là, et la vitre de la fenêtre était cassée. J'ai eu immédiatement la foudroyante certitude que la pauvre s'était défenestrée. J'ai donc fait la même la chose, instinctivement, poussé un par un élan mystérieux. En tombant du haut de l'immeuble dans les airs lugubres j'ai ardemment tenté de déployer mes ailes, celles qui me permettent de voler dans la plupart de mes de songes [est-ce dû à l'influence d'Escaflown?]. Mais cela n'a absolument pas marché, et voyais le trottoir d'en bas se rapprocher de plus en plus de ma pauvre future carcasse défragmentée. Et soudain, juste avant de toucher l'asphalte, une sorte de vortex brumeux s'est ouvert in extremis et m'a aspiré férocement, pour ensuite me faire tournoyer dans l'intestin d'un mystérieux tunnel vaporeux. Après, j'ai eu l'impression d'avoir perdu connaissance... En ouvrant lentement les yeux, j'ai constaté avec stupéfaction que j'étais étendu sur un petit sentier boueux qui zigzagait dans une forêt à la flore démesurée. Il y avait partout comme des eucalyptus géants, dont les sommets infinis s'engouffraient dans un ciel crépusculaire aux tonalités purpurines. Il y avait aussi d'autres sortes d'arbres inédits et hymalayesques dont les multiples branches vomissaient d'épaisses lianes fibreuses couleur marron. C'était un spectacle dépaysant. Quand je respirais je pouvais aussi percevoir la richesse olfactive des lieux; l'air contenait une panoplie d'odeurs boisées, sauvagement brutes et pures comme le cristal d'un diamant parfait. Je pouvais aussi sentir l'haleine puissante de la terre, c'était une odeur d'argile unique qui apaisait mes poumons fébriles. Le plus incroyable, c'était que j'avais totalement oublié que j'étais dans un rêve, du fait que toutes ses informations sensorielles [sans parler -aussi- de l'opulence des bruits...] me faisaient percevoir cet endroit comme s'il était vraiment réel. Après cette première impression, j'ai commencé à arpenter le petit sentier dégagé. Au bout des quelques mouvements j'ai aperçu M, elle était accoudée au tronc d'un arbre monstre; elle regardait vers le haut, comme si elle épiait les portions d'azur purpurin qui filtraient à travers le feuillage des arbres de la forêt. Soudain, une lumière aveuglante a surgit d'un nuage. Elle s'approchait rapidement de nous. J'ai remarqué progressivement qu'il s'agissait d'une sorte d'insecte géant, qui émettait une vive lumière ocre, telle une luciole mais avec un long corps organique à l'image de celui des libellules. J'ai commencé à paniquer, la bestiole avait l'air hostile à notre présence. Elle a même cassé plusieurs branches, les faisant choir scabreusement très près de nous. J'ai donc pris M. par la main, et je l'ai obligée à fuir à mes côtés. Nous avons couru pendant un bon moment. J'entendais au loin, vers l'endroit où nous nous trouvions auparavant, des cris tonitruants, et aigus comme ceux d'une fêmme atterrée, mais je savais qu'ils n'étaient "pas humains". Au bout, de quelques instants, on s'est arrêtés, je me sentais étrangement épuisé, et M. refusait de bouger. Je lui ai demandé si elle savait où nous nous trouvions, elle n'a rien dit. Je me suis alors rappelé, d'un coup, que j'étais tombé dans un vortex brumeux -suite à mon saut à travers de la fenêtre de l'immeuble- et qu'il m'avait projeté dans cette étrange forêt digne d'un ouvrage de science fiction. Cela m'a immédiatement rassuré quelque peu, car je savais que je rêvais. Mais ma quiétude n'a point durée, car j'ai entendu un autre cri terrifiant juste à quelques mètres de nous, il semblait provenir d'un petit buisson épineux qui était situé à ma gauche. J'ai donc essayé de courir instinctivement en tirant M. par l'épaule, mais je n'ai pas réussi à la faire bouger d'un poil. Quand je me suis retourné pour lui dire qu'il fallait courir pour sauver notre peau, j'ai failli avoir un arrêt cardiaque, ce n'était plus M, mais un forme gazeuse opaque [comme un spectre] qui a commencé à m'aspirer avec une telle violence que je me suis réveillé en criant...
Il était 2h, j'avais donc dormi presque pendant 12 heures. J'ai essayé de me lever mais je ne pouvais pas, je ressentais douleur aigue dans la poitrine, et chaque fois que je tentais de faire un geste, une souffle glacé venait torturer mon coeur [je pense, ou une région proche du coeur]. Je suis resté allongé une bonne dizaines de minutes avant de pouvoir me déplacer normalement. J'avais peur, vraiment très peur. Et si c'était "un explorateur" d'un autre monde qui avait planifié de m'attaquer? Devrais-je arrêter d'essayer de suivre à ma façon les traces de Castaneda? Etait-ce tout simplement un cauchemar ordinaire, ou ai-je vraiment voyagé avec mon corps énergétique dans une autre couche de l'univers?
On véra bien... ou pas.
20:17 Publié dans What da fuck? | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : chamanisme, rêves, explorador, ensoñar











Commentaires
waou!
c'est assez impressionnant... ça me fait penser au récit de corine sombrun qui se passe dans la jungle: "journal d'une apprentie chamane"
quelque soit la situation, fais attention à toi!
et surtout trouve toi un garde-fou si tu décide de partir sur les traces des chamanes... il y en a qui sont morts juste en prenant des plantes hallucinogènes, parce que les chamanes n'arrivaient pas à les faire revenir! perchés quoi! surtout avec ton imagination fertile.. on sait jamais ^^
bref, take care of yourself
Ecrit par : blackmamba | 24.05.2008
par "garde-fou", j'entends une personne qui aie une vision suffisamment réaliste du monde, qui puisse te ramener à la raison, et surtout qui sâche te faire revenir pendant les transes...
tous les chamanes ont besoin d'une personne pour les aider pendant les cérémonies, au cas où ça se passe mal; si le côté animal reprend le dessus par exemple, ou autre^^
voilà, c'est juste à titre informatif ~
Ecrit par : blackmamba | 24.05.2008
Bon... le lire était somme toute assez divertissant... très divertissant même. Mais le vivre... ça devait être franchement assez débuzzant... heureusement que t'es revenu vivant.
Ecrit par : LadyStardust | 25.05.2008
oh my god
Ecrit par : Mowglie | 25.05.2008
Je n'aime guère avoir "quelqu'un" collé sur mon ombre.
Vous le savez mieux que "les autres", donc non, je n'ai point de garde fou! Et j'en ai pas besoin.
Corps-dialectiquement.
Ecrit par : Griffe de Coyote | 25.05.2008
je disais ça par rapport au chamanisme, aux cérémonies, etc. mais peut être qu'on ne parle pas de la même chose! je voulais parler des plantes hallucinogènes, de la diète, et de la science des végétaux...
c'est ça, pour moi, un chamane ~
après on a peut être une conception différente, mais dans tous les cas la transe est un phénomène dangereux, qui se situe à la limite de la conscience;
il faut donc l'aborder avec une certaine prudence. c'est tout ce que j'ai à ajouter^^
nam man :)
Ecrit par : blackmamba | 25.05.2008
Nam de dieu^^!
Ai-je affirmé que j'étais Chaman? Nam!
Je vais juste choper quelques procédés pour les adapter à ma propre cosmogonie spirituelle. Et si je trouve quelque chose de l'autre côté de la montagne "réel", ben alors tant mieux!
J'élargis la palette de mon paradigme personnel. C'est tout.
Je me suis toujours nourri d'onirisme, ce n'est pas spécialement nouveau, quoique.... cette énergie carnivore... zutain!
Foilà tout, et "paon!", je ne suis pas un petit paon naïf!
Nam de dieu^^!
Désolé, je suis de mauvaise humeur ce soir, je me suis fais mordre par un soupir-mygale.
Powwwaaaa!
Ecrit par : Griffe de Coyote | 25.05.2008
meuh non!
moi je me suis réincarnée en vache... je donne du lait à des bébés toute la journée, et je rumine à fond dans le jardin de ma nouvelle crèche; à côté de jésus, marie et joseph^^lol
on s'marre bien quand même avec les gosses :)
bref! tu n'es pas un petit paon naïf, mais disons que tu as parfois une sensibilité perceptive particulière...
je dis juste ça au cas où tu décide de te barrer à l'autre bout de la planète sans prévenir personne sur les "traces" de je ne sais quoi; c'est tout!
voili voiloups
Ecrit par : blackmamba | 26.05.2008
Mmmm, je me barre au chocolat^^.
(y' quand même un gros contranste entre ma note "Au-delà" et mes commentaires acidulés puérilistico-surréalistes, c'est vraiment lamentable^^).
PS: Pour enfoncer le clou je suis tombé amoureux de la "Princesse Mononoke" (merci au valeureux qui l'a uploadé sur Yutube^^).
J'ai toujours su que j'avais du sang proche de celui des loups^^....
Hum, c'est pathétique, je crois que je vais fermer ma gueule^^.
"Klap!".
Ecrit par : Griffe de Coyote | 27.05.2008
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